La guerre linguistique se poursuit en Afrique du Sud

We Are Not Happy, Pretoria | Flickr Paul Saad

Les cours ont repris lundi aux universités de Free State et de Pretoria après une semaine de congé forcé provoquée par des clash violents entre des étudiants afrikaners et ceux regroupés autour du slogan #afrikaansmustfall qui demande la fin de l’enseignement en afrikaans et l’anglais comme seule et unique langue d’enseignement.

L’Université North West avait aussi été obligée de fermer ses portes.

La violence a débuté le 18 février dernier alors que la direction de l’Université de Pretoria s’apprêtait à étudier des amendements à sa politique linguistique qui laissaient croire qu’elle envisageait de passer définitivement à l’anglais :

Proposed amendements

The Language Policy Task Team’s proposed amendments to the policy are:

  • That English should be the primary language of instruction in all lectures.
  • That the University should promote multilingualism as a means of facilitating student success and building social cohesion.
  • That Afrikaans and Sepedi should be used to provide additional support to students in tutorials, practicals and discussions.
  • Transitional arrangements will be put in place should the proposed amendments listed above be accepted.

Feedback invited on the proposed amendments to the University of Pretoria’s Language Policy

L’Université offre présentement des cours en anglais et en afrikaans.

Les universités d’Afrique du Sud ont été secouées tout l’hiver par des d’affrontements linguistiques qui opposent des étudiants majoritairement noirs qui demandent l’enseignement en anglais et des étudiants afrikaners blancs qui veulent le maintient des cours dans leur langue.

Les étudiants regroupés autour du parti de gauche des Economic Freedom Fighters et du slogan #afrikaansmustfall affirment que l’enseignement en afrikaans est un prétexte utilisé par la minorité blanche d’origine néerlandaise pour décourager les étudiants noirs de s’inscrire dans leurs universités.

De leur côté, les Afrikaners soutiennent que l’enseignement en anglais est une attaque contre leur droit constitutionnel à une éducation dans leur langue maternelle.

La constitution de l’Afrique du Sud reconnaît 11 langues officielles et un droit à l’éducation dans chacune d’entre elles, mais dans les faits, les cours dans toutes les universités d’Afrique du Sud sont dans la langue de l’une des deux minorités blanches, sois l’anglais et l’afrikaans.

Il n’y a aucune université en Afrique du Sud qui offre une sélection significative de ses cours dans l’une des 9 langues officielles dîtes africaines parlées par 75% de la population.

Les anglophones ne représentent que 10% de la population de l’Afrique du Sud, mais l’anglais a largement été adoptée comme langue commune entre les différentes communautés linguistiques.

Faute d’une véritable demande pour une éducation supérieure dans les langues de la majorité noire, et compte tenu du peu d’enthousiasme des politiciens pour le financement d’un nouveau réseau d’universités dans 11 langues différentes, c’est l’anglais qui est devenu le symbole de l’intégration des Noirs aux universités d’Afrique du Sud.

Comme l’a déclaré Kabelo Mahlobogwaneun du parti EFF de Pretoria au [Daily Maverick](http://www.dailymaverick.co.za/article/2016-02-24-eff-declares-whats-at-stake-at-the-university-of-pretoria-afrikaansmustfall/] :

“We are saying it’s all 11 official languages or only English. No retreat. They can go home.”

Cela dit, pas plus tard qu’en janvier, une députée du même parti annonçait qu’elle refuserait désormais de parler anglais au Parlement sud-africain.

Finalement, Stellenbosch ne passera pas à l’anglais intégral

La High Court de Cape Town a confirmé que l’université de Stellenbosch de la ville du Cap en Afrique du Sud devra rester bilingue et continuer à offrir des cours en afrikans.

En novembre 2015, des étudiants regroupés autour du slogan #openstellenbosch avaient demandé l’anglicisation intégrale de l’enseignement et de l’administration à l’université.

Des affrontements parfois violents on éclaté entre les étudiants afrikaners blancs et les étudiants proanglais majoritairement noirs quand l’administration a semblé se rendre à leurs demandes et proposé une nouvelle politique linguistique qui faisait de l’anglais la langue “primaire” de Stellenbosch.

La constitution de l’Afrique du Sud protège le droit à l’éducation dans chacune des 11 langues officielles du pays.

Le conseil de l’université avait renversé la décision de l’administration, mais les facultés de génie et de droit avaient décidé d’aller de l’avant, incitant le groupe de pression afrikaner AfriForum Jeug d’aller devant le tribunal pour le maintien du statut égal de l’anglais et de l’afrikans. Le 12 février, la cour leur a donné raison.

AfriForum Jeug c’est dit “satisfait que l’US concède la défaite” et que ce n’était “pas seulement une victoire importante pour les étudiants afrikaans de Stellenbosch, mais aussi pour toute la communauté de langue afrikaans élargie.”

Langue d’enseignement à Goa: le gouvernement décide de ne pas décider

16782505866_091be6c0d8_bAprès plusieurs mois de débat de plus en plus venimeux, le gouvernement de la province de Goa en Inde décide de ne rien décider et remet sa décision sur les subventions aux écoles en anglais à plus tard.

La loi de Goa stipule que seules les écoles qui donnent leur enseignement en Konkani, la langue officielle de l’État ont droit aux subventions du gouvernement. Cependant, depuis 1991 le gouvernement a exceptionnellement autorisé une centaine d’écoles de langue anglaise de communautés minoritaires — essentiellement des écoles catholiques — à recevoir les subventions.

Le gouvernement du BJP s’était engagé à régulariser la question de la langue d’enseignement durant la session d’hiver du mois de janvier. Coincé entre ceux qui demandent la fin des subventions aux écoles anglaises et un mouvement de parents qui exige le libre choix de la langue d’instruction, le comité chargé d’étudier la question plaide maintenant le manque de temps et d’information.

Au mois de juillet 2015, Savio Lopes, leader de FORCE, un regroupement de parents qui veulent protéger et étendre le droit de leurs enfants à une éducation en anglais subventionnée avait fait la grève de la fin pendant huit jours.

À Goa, le débat sur la langue d’éducation a rapidement dégénéré en lutte de classes et communautaire.

Au mois de décembre, le défendeur de l’enseignement en langue maternelle Uday Bhembre a attaqué la crédibilité de Savio Lopes en termes peu élégants parce qu’il est un marin :

« Savio est un nobody dans le monde intellectuel et littéraire. Il a été rappelé d’urgence de son bateau pour servir de porte-parole pour l’Église. »

Le commentaire a provoqué la colère des marins et de nombreux parents qui ont réclamé leur droit de prendre les décisions relative à l’éducation de leurs enfants, peu importe leur profession.

L’enseignement en anglais connait présentement un regain de popularité sans précédent à travers l’Inde. Le débat sur la langue d’enseignement à Goa a des échos dans les états de Karnakata et d’Odisha. Dans certains villages du Telangana, les écoles publiques ont fermé leurs portes, faute d’étudiants.

Pour plusieurs parents qui n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants dans les écoles privés, l’anglais est devenu le symbole de l’inégalité et l’accès à l’enseignement dans cette langue, une question de justice sociale.

Les parents qui n’ont pas les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école privée demandent de plus en plus souvent à leurs gouvernements l’enseignement en anglais au nom de l’égalité des chances. Certains parents accusent carrément les élites de vouloir empêcher les pauvres d’apprendre l’anglais pour protéger leurs privilèges.

La question de la langue d’enseignement divise le monde pédagogique, mais les grandes institutions comme l’UNESCO et la Banque mondiale favorisent, du moins officiellement, l’opinion voulant que l’enseignement dans la langue maternelle est préférable.

Le retour de l’anglais (et de vieilles angoisses) en Malaisie

2000px-flag_of_sarawak-svgLa décision d’un état fédéré de la Malaisie de faire de l’anglais sa langue officielle alors que le pays est en plein débat sur l’utilisation de l’anglais à l’école réveille de vieilles angoisses et fait craindre pour la paix linguistique dans ce pays multiethnique d’Asie du Sud-Est.

La question de la langue officielle de l’état de Sarawak fait surface alors que la Malaisie s’apprête à réintroduire l’enseignement des mathématiques, de la science, du design et de la technologie en anglais dans les écoles, ce qui n’a pas manqué de fouetter les passions des pours et des contres.

Noor Azimah Abdul Rahim, présidente de PAGE Malaysia, une association de parents en faveur d’une plus grande place pour l’enseignement en anglais croit qu’avec l’anglais officiel,  les habitants de Sarawak « auront plus d’opportunités sur le marché du travail que ceux de la péninsule malaisienne. »

« L’anglais est une langue globale, la langue du savoir, de la science et de la technologie, et aussi de la finance et du commerce. L’anglais est aussi notre langue seconde que nous avons hérité de l’occupation britannique et de laquelle nous avons énormément bénéficié. »

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