Des chercheurs de l’université Cambridge découvrent de la Science qui n’est pas en anglais

Après une révision systématique de la littérature scientifique portant sur la conservation de la biodiversité publiée en 2014, des chercheurs de l’Université de Cambridge en sont arrivé à la conclusion que finalement, non, English is not enough, rapporte Science Daily ce matin.

Sur 75 000 documents répertoriés par Google Scholar qui portent sur la conservation de la biodiversité, le tiers n’étaient pas en anglais, et la moitié de ceux-ci n’avaient même pas d’abstract dans la langue universelle de la science.

Le papier, Languages Are Still a Major Barrier to Global Science a été publié dans PLOS Biology aujourd’hui.

La vérité est qu’il y a encore beaucoup de chercheurs qui publient dans d’autres langues que l’anglais. Uniquement en Chine, il y a plus de 10 000 périodiques scientifiques, dont la très grande majorité ne sont pas publiés en anglais.

Il y a des outils comme WorldWideScience, un projet du Département de l’Énergie américain en collaboration avec Microsoft, à la disposition des chercheurs qui veulent explorer les bases de données scientifiques qui ne sont pas en anglais.

Avec internet et la traduction automatique, c’est plus facile que jamais dans l’Histoire de la science pour un chercheur d’identifier les papiers pertinents à ses études, peu importe dans quelle langue ils sont publiés. (Une traduction humaine est probablement encore nécessaire s’il veut les lire et les citer.)

Le problème n’est pas tant la langue des papiers et des lecteurs que celle des algorithmes comme le Science Citation Index et le THE World University Ranking qui dévalorisent systématiquement tout ce qui n’est pas en anglais.

Les Indiens qui vont à l’école en anglais ne le parlent pas nécessairement mieux que les autres


stats éducation Inde

Les plus récents résultats du test d’anglais du National Council for Educational Research and Training indien démontrent que les étudiants des états où il y a beaucoup d’écoles anglophones ne sont pas meilleurs que ceux des états où il y en a peu.

Le nombre d’enfants qui étudient en anglais a doublé depuis 5 ans en Inde. L’anglais est désormais la deuxième langue d’enseignement après l’Hindi.

Stats 2010-2011 :

Language Enrollment National Rank
Hindi 66 231 904 1
English 13 618 280 2
Bengali 10 462 343 3
Marathi 7 918 420 4
Guajarati 5 159 916 5
Telugu 4 771 981 6

source

La demande pour l’enseignement en anglais est tellement importante que plusieurs états ont entrepris de changer la langue d’enseignement dans les écoles du gouvernement de façon parfois précipitée. En octobre 2016, par exemple, les écoles municipales de l’Andrah Pradesh sont passées à l’anglais en plein millieu de l’année scolaire!

Un Indien attaqué par 50 manifestants pour avoir parlé anglais

Un Indien de 36 ans a été attaqué par des manifestants pour avoir parlé en anglais, selon le Times of India.

In an apparent case of linguistic chauvinism, a 36-year-old software engineer was chased and allegedly beaten up by a mob of 50 Karnataka Rakshana Vedhike (KRV) activists – because the victim, J Daniel, spoke in English while trying to broker peace between the mob and an event organiser who was playing non-Kannada music at Swami Vivekananda Road metro station on Old Madras Road last Saturday at around 9 pm. Mind your language: Karnataka Rakshana Vedhike activists thrash techie for speaking in English

L’incident se serait produit le 17 décembre 2016 à Bangalore, dans l’état du Karnataka.

Volkswagen passe à l’anglais

Volkwagen veut obliger ses employés du monde entier, même en Allemagne, à travailler en anglais d’ici 2021.

L’anglais deviendrait la langue de travail de l’administration, des communications et de la documentation. Toutes les réunions de plus d’une douzaine d’employés devront désormais être en anglais.

Selon certains médias, Volkswagen permettra cependant à ses ravailleurs d’usines de continuer à communiquer entre eux dans la langue de leur choix.

L’annonce de l’anglicisation du groupe automobile a étée faite à la mi-décembre par le Dr Karlheinz Blessing, membre du conseil d’administration responsable des ressources humaines :

« In future (sic), English is to be the Group language. This will improve access to the top management level for international top performers and cooperation among top managers. As a globally positioned Group, we need the best people in the world. Volkswagen Group realigns management development

Par l’anglais, la compagnie espère vraisemblablement provoquer un changement de culture au sein de sa direction, et particulièrement au siège social de Wolfsburg, souvent accusé d’insularité et blâmé pour les scandales qu’on sait.

« The core intention, though, is to de-politicise the traditional Wolfsburg-Braunschweig Volkswagen Group power centres in favour of a global perspective.

Wolfsburg was a block of farmland near a town called Fallersleben before Volkswagen began in the 1930s and would become a ghost town if Volkswagen ever left. It is one of the world’s most boring towns in one of Germany’s most boring regions, and even the nearest big city, Hanover, is the dullest major centre in Germany. » Volkswagen goes English – motoring.com.au

Deux choses, cependant :

Premièrement, on remarque encore une fois le pattern maintenant classique de l’anglais pour l’élite, les autres langues pour le peuple.

Deuxièmement, on peut se demander si le passage à l’anglais est pour de vrai.

Relations publiques

L’annonce de l’adoption de l’anglais comme langue officielle par une multinationale est le genre de nouvelle qui fait très plaisir à une certaine presse d’affaires et ont sait qu’à partir d’aujourd’hui certains lobbies ne manqueront pas une occasion de louer la grande lucidité de Volkswagen, mais la réalité est que ce genre d’annonce n’est souvent qu’une opération de relations publiques.

En 2007, le PDG de LG, Yong Nam, avait lui aussi annoncé que l’anglais serait désormais la langue officielle de sa compagnie à travers le monde. Comme VW, LG voulait devenir une compagnie globale et permettre à ses employés de toute la planète d’aspirer aux plus hautes sphères de la direction.

Just Korean talent itself is not sufficient enough, so I have to attract a best in class global talent into our organization, so that they can feel comfortable working in this environment.

This means that English has to be a common language in our company going forward. So me speaking English is very, very important to encourage people to speak out with bad English instead of good Korean. Yong Nam, CEO, LG Electronics

En 2011, quatre ans après l’annonce, j’ai eu l’occasion de visiter le siège social de LG à Séoul. Je n’y ai croisé qu’un seul non-Coréen, qui n’était que de passage. Pas une seule personne à qui j’ai parlé n’avait même entendu parler de la prétendue politique d’anglais officiel de leur compagnie.

English for The Islamic State ou l’anglais contre l’anglais

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Hier, les journaux britanniques et l’extrême-droite anglaise ont « découvert » des manuels scolaires de l’État islamique, « trouvés » dans les décombres de la ville de Nimrud, en Iraq.

Parmi ces livres, un manuel d’anglais intitulé « English for the Islamic State » dans lequel les tout-petits peuvent apprendre à lutter contre les infidèles dans la langue globale.

Par qui ces livres ont-ils été trouvés ? Quand ? Les journaux anglais ne disent pas.

Une petite recherche Google Image révèle que les images de ces prétendus manuels circulent sur internet depuis au moins octobre 2015 sur des sites particulièrement douteux (cliquez à vos risques et périls, je viens de rester pris 10 minutes sur l’un d’eux qui c’est emparé de Safari…)

Cela dit, même si ces manuels sont probablement des faux, il n’y a rien d’étonnant en sois à ce que les islamistes enseignent l’anglais à leurs enfants. Même qu’il commence à être temps que les Anglophones acceptent que l’anglais est l’une des langues principales du djihadisme global.

Il n’y a qu’à penser à Anwar al-Awlaki, le porte-parole anglophone d’al-Quaïda qui, cinq ans après sa mort, demeure l’un des plus efficaces recruteurs du terrorisme islamique.

DAESH, al-Quaïda, al-Shabbaab, le Front al-Nosra et les talibans afghans publient tous des magazines en anglais.

La récupération de l’anglais contre l’Ouest et l’Amérique n’est pas une nouvelle idée. Le jiu-jitsu linguistique doit toujours faire partie d’une bonne stratégie de pouvoir mou.

Même Staline jouait à ce jeu-là. Extrait de English: A Textbook of the English Language for the 7th Grade in 7-year and Secondary Schools (third edition), un manuel d’anglais publié par le Ministère de l’Éducation de la République socialiste fédérative soviétique de Russie en 1952 :

Our country is one great family of Soviet peoples, which are free from exploiters — from capitalists and land-owners. This great family of free Soviet peoples is building a new life, is building Communism.

Millions of Soviet men and women are working from day to day on the earth and in the earth, on the seas and rivers, under the water and in the air, in the hot South and in the cold North. They are all working together to make our life still better. They are all building Communism.

Expulsé d’un avion pour avoir parlé arabe, ou (probablement) pas

Adam Saleh, un youtubeur américain, prétend avoir été expulsé d’un avion de Delta parce d’autres passagers étaient « inconfortables » de l’entendre parler arabe au téléphone avec sa maman avant le décollage.

« On nous expulse parce que nous avons parlé une langue différente ! Nous sommes en 2016. 2016 ! Regardez ! Delta Airlines nous expulse parce que nous avons parlé une langue différente ! »

Je sais pas pour vous, mais à partir de maintenant, je vais supposer qu’une nouvelle est fausse jusqu’à preuve du contraire.

C’est particulièrement probable dans ce cas si, étant donné le passé de Saleh, qui s’est déjà fait prendre à non pas une, mais deux reprises à mettre en ligne de faux vidéos.

Delta admet avoir expulsé Saleh et son compagnon de l’avion, mais pour avoir eu un comportement jugé « provocateur », non pas à cause de la langue qu’ils parlaient :

« Based on the information collected to date, it appears the customers who were removed sought to disrupt the cabin with provocative behavior, including shouting. This type of conduct is not welcome on any Delta flight. »

Cela dit, c’est absolument vrai que de parler d’autres langues que l’anglais dans le réseaux de transport aérien global est parfois considéré un comportement suspect. Le Washington Post cite le Council on American-Islamic Relations qui, sans se prononcer sur l’authenticité de cet incident en particulier, confirme avoir recensé d’autres incidents du genre.

On peut aussi penser au cas de Robert Dziekanski, un citoyen polonais qui a été tué par les agents des services frontaliers du Canada à l’Aéroport de Vancouver pour avoir eu un comportement suspect, i.e, être resté coincé pendant près de 10 heures dans une zone sécurisée des douanes, incapable de communiquer avec les agents parce qu’il ne savait pas parler anglais.

Ouvert sur l’anglais du Monde

Geoffrey Pullum, dans The Chronicle of Higher Education, raconte la fois à un étudiant s’est plaint de l’accent de son prof qui venait… d’Angleterre.

« Of course, it’s true that many Americans are far too insular, and one of the key things they need to get out of a college education is the experience of encountering smart people with accents they never heard before, and may initially have trouble understanding. Treating every different kind of accent as weird and upsetting as you go through life in this globalized world would be babyish, so students who have never been outside Riverside County or seen a foreign film do need to grow up a bit linguistically.  » Make American Accents Great Again – Lingua Franca – Blogs – The Chronicle of Higher Education

So, on est rendu là? Pour être « ouvert sur le monde », il est suffisant de tolérer d’autres accents anglais?

Make America(n English) Great Again

S’il y a une idée qui fait l’unanimité (ou quelque chose qui s’en approche) depuis l’élection de Donald Trump, c’est qu’il y a un profond malaise dans la classe moyenne et qu’une certaine Amérique déprimée rêve avec nostalgie à un retour à un certain âge d’or qu’on situe habituellement dans les années 50 et 60, quand tout était possible, ou encore dans les années 80, à l’époque où les États-Unis étaient invincibles comme Chuck Norris.

Mais le malaise pourrait être beaucoup plus ancien, selon une nouvelle étude du vocabulaire de l’anglais américain :

« A new study has found that positive language used by Americans is on the decline. A new study conducted by researches at USC Dornsife and the University of Michigan suggests that the shift has been happening over the past 200 years.  » Language Magazine » Blog Archive Positive Language Decreasing In American-English Speech – Language Magazine

Les chercheurs précisent que les mots positifs sont encore plus utilisés que les mots négatifs, mais que le déclin du vocabulaire optimiste est un phénomène qui s’observe depuis maintenant deux siècles.

Les résultats ont été compilés à partir de Google Books et du New York Times.

Les détaillants Américains sont meilleur que les Anglais pour adapter leurs sites aux marchés globaux

Les détaillants américains sont les meilleurs de tous les détaillants anglophones quand vient le temps d’adapter leurs sites à des marchés non-anglos, mais seulement quand ces marchés sont assez gros.

Selon une étude réalisée par des Practicology, eshopworld et TranslateMedia, les sites des détaillants Américains sont mieux adaptés et traduits que ceux des Anglais et Australiens, du moins dans les gros marchés lucratifs comme le Japon et le Mexique.

« US retailers were particularly strong at providing customer service support in local business hours, localizing pricing, and localizing their foreign language sites in the cases of Mexico and Japan. The same priority was not as evident in other English-language speaking countries, such as the UK and Australia however.  » Practicology Research Highlights Gaps in US Retailers’ Online Localization Efforts

Les détaillants britanniques ne semblent pas être prêts à faire le même effort que les Américains pour vendre à leurs voisins. Tandis que 84% des détaillants en ligne américains offrent un service à la clientèle en espagnol pour leurs clients mexicians, 60% des détaillants anglais n’offrent pas ce service à leur clientèle francophone.

Pants ou Trousers?

À noter, les anglophones sont particulièrement paresseux quand vient le temps d’adapter leurs sites aux marchés qui parlent la même langue qu’eux. Par exemple, les Anglais offrent souvent les même promotions à leurs clients Australiens, malgré l’inversion des saisons et les Américains utilisent le mot « pants » pour vendre des pantalons en Grande-Bretagne, même si de l’autre côté de l’Atlantique, ce mot signifie « sous-vêtement »…